b- Les femmes en musique - 2ème partie

A mes lecteurs : articles en cours d'élaboration. merci de votre patience.

 

5 - L'époque romantique

 

L'époque romantique est une époque riche en changements musicaux. Depuis Mozart, qui a ouvert la voix aux musiciens libres, les musiciennes sont plus indépendants et prennent confiance. Le besoin d'extérioriser ses émotions donne naissance à une large gamme de musique. Le style de composition se modifie avec des morceaux plus longs et moins structurés. La musique des femmes a donc plus d'importance. Leur musique d'ailleurs modifiera les musiques futures.

La musique est toujours réservée à une élite, mais les facteurs de piano sont plus abordables aux classes moyennes, plus de famille ont donc accès à cet instrument à la fin du XIXème siècle, pratiquement toutes les maisons de la classe moyenne avaient un piano à la maison.

Les écoles et conservatoires de musiques acceptent désormais plus de femmes et les concerts privés comme public sont autorisés. On constate néanmoins que les femmes musiciennes sont encore issu de famille de musiciens (Clara Schuman, Cossima Wagner etc...)

Ces conservatoires sont le fruit de grands compositeurs et de grands musiciens. Ils se sont intéressés à la possibilité de former des jeunes musiciens selon leur critère. C'est le cas de Felix Mendelssohn-Bartholdy qui participa à la création du Conservatoire de Leipzig..

 

Félix Mendelsohn

 

Puis  Anton Rubinstein, compositeur et pianiste d'origine russe, créa le conservatoire impérial Saint-Pétersbourg . Naissent avec ces conservatoires, les critiques musicales et les livres de musiques. On établi des codes, des structures etc.…on définit la bonne et la mauvaise musique…on fait passé le message de la musique romantique.

 

 

Anton Rubinstein par Ilya repine

 

 

 

Les femmes sont maintenant admises dans les conservatoires. Le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris est crée en 1795 (CNSM). Enseignement de qualité car les grands compositeurs pouvaient ainsi disposé de musiciens formés par eux donc meilleurs. Même si les jeunes filles sont admises, en théorie, dans ces conservatoires, en pratique, les habitudes étant difficile à changer, peu de femme.

 

En 1830 soit 305 ans après sa création, il y a seulement deux professeurs femmes sur 41 professeurs (Melle Aimée Goblin en solfège et Melle adèle Croisilles accompagnateur). Les classes de chants de solfège et de vocalise comporte entre 50 et 60% de filles, par contre les classes de contrepoint, de composition lyrique, d'orgue, de violon de violoncelle, de flûtes de hautbois, clarinette … aucune fille !!

 

Elles sont 40% dans les classes d'harmonie et 60% dans les classes de piano. Les mentalités sont longues à changer et la révolution de 1789 n'a pas tout changé en un jour.  En plus de ce conservatoire, elles continuent à apprendre avec leurs parents musiciens ou avec l'aide d'un maître à titre personnel. D'autres institutions musicales vont voir le jour. En 1817 celle Alexandre-Étienne Choron (30% de fille) puis en 1853 celle de Niedermeyer (ou il n'y a que des garçons).

 

 Alexandre-Étienne Choron - musicien et pédagogue français

 

Louis Niedermeyer, ca. 1850, Bibliothèque nationale de France

 

Mais l'éducation musicale ne fait pas tout et si elles peuvent apprendre la musique, leur diplôme en poche elle ne trouve pas forcément un poste. Par exemple pas d'organiste femme en région parisienne mais plutôt en province. Il leur est difficile, voir impossible presque de trouver une place en tant qu'enseignante dans un conservatoire ou d'être accepter dans un orchestre. A l'opéra, par contre elles trouvent leur place. (La future célèbre cantatrice anglaise Clara Novello) étudia à l'école Choron. Mais les professeurs féminins donnent des cours privés à défaut de pouvoir le faire dans des conservatoires.

La société pensait encore et toujours que le rôle de la femme était à la maison, elle n'était donc pas encouragée à jouer en public. Mais il y a quelques exceptions comme Clara Schumann par exemple qui était à la fois pianiste concertiste, enseignante et mère au foyer

 

Clara schumann en 1840

Certaines musiciennes étaient plus mécènes et muses comme la baronne Nadezhda von Meck(5), qui fut la mécène sans condition de Piotr Ilitch Tchaïkovski, lui prêtant ses maisons, lui donnant de l'argent en pensant qu'un jour il l'épouserait mais au bout de longues et très longues années, et lors d'un revers de fortune, elle s'aperçut que la seule chose qui intéressait le compositeur c'était son argent. Destin tragique d'une femme amoureuse.

 

La baronne von Meck

 

 

 

 

Autre femme musicienne, sœur célèbre de Félix Mendelssohn Bartholdy, Fanny  Hensel. Elle reçut une éducation bourgeoise de l'intelligentsia berlinoise, milieu dans lequel elle évoluait. Elle étudia le piano et la composition et possédait tout comme son petit frère des dons musicaux surprenant. Mais comme ce fut le cas pour la sœur de Mozart, le père et le frère de Fanny l'empêchèrent de se consacrer pleinement à sa passion. Mais elle organisait les concerts de son frère. Le rôle de la femme n'était pas un rôle de concert, selon son père et son frère. Elle épousa donc le célèbre peintre Hensel en 1829. Mais la musique resta sa passion et à partir de 1843 elle supervisa les concerts du dimanche matin à l'Elternhaus de Berlin.  Certains de ces Lieder furent toutefois publiés dans l'opus  8 et 9 de son frère.

  

Autre femme célèbre : Clara Schumann née Wieck, fille du célèbre pédagogue et pianiste Friedrich Wieck qui fit de sa fille une concertiste prodige dès l'age de neuf ans.

Elle fut connue et reconnue bien avant son mariage avec schumann en 1840, et sans vouloir critiquer, sa technique et sa façon de jouer étaient bien meilleures que schumann.

 

 

Grande virtuose du piano dont le père souhaitait plus que tout que sa fille soit musicienne. Elle pu faire une carrière de sa passion car son père le souhaitait également et la soutenait. Elle fut célèbre dans toute l'europe. Comme nous l'avons vu les femmes se devaient d'être meilleure. Clara y parvint car elle a joué un rôle d'avant gardiste en jouant en Allemagne les œuvres de Chopin, de son mari et de Brahms. Sans rivaliser toutefois avec les autres compositeurs de son époque, elle écrivit quelques partitions. Elle avait pour passion de jouer et faire connaître les œuvres de ses amis, notamment celles de Brahms.

 

La correspondance de Robert et Clara Schumann est suffisamment détaillée pour que nous puissions dire que si Clara a pu composer c'est qu'elle était soutenue par son père et qu'elle avait fixé les limites bien  avant son mariage avec Robert. Voici un extrait d'une de ces missives à son cher et tendre :

« Si nous avons trop de soucis, tu ne pourras pas créer, et moi, il ne faut pas que les soins du ménage m'absorbent trop. Il faut que je puisse me faire aider, sinon, qu'adviendrait-il de mon art ? » (6)

Elle insista tant et si bien que Schumann conclu : « tu continueras à cultiver ton art tel que tu l'as fait jusqu'à présent … » (7)

Mais Schumann pense à art lyrique, il compare plus sa femme à une cantatrice qu'à une pianiste, il n'accepte pas une rivale mais une femme artiste musicienne.

 

Mais époque oblige, la création artistique féminine est mal perçu, acceptée, certes mais pas reconnue à sa juste valeur. Les critiques qu'elles subissent sont souvent injustifiées. Clara écrivait dans son journal au sujet d'une de ses nombreuses compositions : «  naturellement cela reste toujours un travail de femme auquel la force fait défaut, et parfois l'invention. »

 

Clara composait des variations sur des thèmes de Robert et vice-versa. La musique composée par Clara est typique de l'époque romantique et du durch Komponiert. Elle composait pour elle-même et seule Clara savait rendre l'âme de ses propres compositions, mais elle excellait aussi dans les compositions de son meilleur ami, celui qui l'aimait en secret, Brahms. Elle a aussi écrit un nombre important de Lieder (8), un trio pour piano.

 

Clara décéda en 1896 après avoir lutté contre la surdité apparue dès 1883. elle nous laissa environ une quarantaine d'œuvres de grande qualité dont plusieurs concerti, des Lieder, des œuvres de musique de chambre ainsi que de nombreuses oeuvres pour piano. Schumann en a d'ailleurs emprunté quelques motifs pour son propre usage (le plagia n'existait pas à l'époque !) et lui emprunta aussi trois Lieder qu'il édita dans son opus 12.

 

Ce n'est qu'à la toute fin du XIXème siècle que les femmes musiciennes prirent la place qui leur revenait à côté de celles des compositeurs masculins.

Rares étaient les femmes qui arrivaient à s'imposer dans le monde très fermé de la musique. Elles pouvaient jouer, mais pas rivaliser avec eux sur le plan de la composition. Et elles étaient très rares à se voir publier.

 

Ainsi Louise Farrenc n'a pu éditer ses partitions que sous le nom de son mari Aristide. Et elle a eu énormément de mal à faire exécuter au célèbre Gewandhaus de Weimar son œuvre de musique de chambre «  quatuor pour piano » et quand il fut joué il remporta un vif succès. Fille de Jacques-Edme Dumont et sœur du sculpteur Auguste Dumont. Elle fut l'élève de grands noms de la musique tels Moscheles, Hummel, Reicha. Lorsqu'elle épouse en 1821, le flûtiste, compositeur et éditeur de musique marseillais Aristide Farenc, elle épousa en même temps son impresario. Entre 1846 et 1872, elle enseigna au Conservatoire de Paris, et elle obtint un salaire égal à celui de ses collègues masculins.

 

 

 

 

 

 

Louise Farrenc (née Jeanne-Louise Dumont), ca. 1855, Bibliothèque nationale de France.

 

Elle eut la chance, ou l'honneur, d'entendre sa troisième symphonie op.36 exécutée par l'orchestre de la société des Concerts du Conservatoire en 1849. Mais son œuvre reste méconnue pour ne pas dire inconnue du grand public. Oeuvres vocales, musique de chambre et compositions symphoniques, environ 65 œuvres. Ces compositions ne correspondaient-elles pas à l'attente du public de cette époque qui se régalait d'opéras ou bien ses œuvres étaient-elles trop féminines ?

 

Autre femme musicienne, elle aussi femme de…Cosima Wagner. Né d'un père célèbre, Liszt elle épousera en seconde noce (après Hans von Bülow) le nom moins célèbres Richard Wagner. Deuxième épouse de Wagner, elle maintint le culte de Bayreuth pendant plus de 50 ans….a suivre …/…

 

 

Fille d'un compositeur célèbre Franz Liszt et de la comtesse Marie d'Agoult, dont le nom de plume était Daniel Stern, elle épousa en première noce, un élève de son père, Hans Von Bülow, mariage malheureux d'où naîtront 2 filles, Daniela et Blandine. La liaison avec Richard commença vers 1862. De cette seconde union qui ne pourra se concrétiser qu'en 1871 naîtront trois enfants, dont les noms sont tout droits sorti des opéras de Richard.

 

Cosima wagner

 

Isolde Von Bülow ( Tristan et Isolde) née en 1865, Eva Bülow  ( Les maîtres chanteurs de Nuremberg) née en 1867 et le petit dernier, fils adulé Siegfried Wagner (l'anneau du Nibelung) né en 1869.

 

A partir de 1883, date de disparition de Richard, Cosima a maintenu le mythe Wagner lors du festival annuel de Bayreuth, elle le dirigea jusqu'en 1911 dans une ambiance très conservatrice.

 

 

Le théâtre de Richard Wagner à Bayreuth vers 1900

 

 

Cosima sacrifia sa carrière et sa vie de femme pour faire vivre les idées fantasques de grandeur et de démesure de Richard. Au-delà du temps elle su parfaitement épauler moralement et financièrement Richard pour donner vie au plus important festival de l'époque Romantique. Richard Wagner était connu et reconnu de son vivant, et bien au-delà de la mort. Qui de nos jours ne connaît pas Wagner et la fameuse chevauchée des walkyries, mais là est un autre problème, celui de l'appropriation du mythe et des chants  patriotiques de Wagner par Hitler.

 

Buste de Cosima - installé dans le parc de Bayreuth

 

 

Autre femme, même époque et même dévotion à leur mari. Giusepinna Strepponi alias madame Verdi. Sans elle Verdi n'aurait pas été Verdi le grand compositeur et créateur d'opéra. N'oublions pas non plus qu'elle est l'âme de la Traviata !(8)

Giusepinna, fille du célèbre compositeur Strepponi, et grande interprète des opéras de Verdi l'épousa en seconde noce. Elle aura une influence plus que bénéfique sur Verdi. Elle saura le conseiller et le guider elle lui donnera jusqu'à sa voix qui se fragilisa et se cassa lors de la création de Nabbucodonosor en mars1842.

 

Continuons dans l'énumération, non exhaustive, des grandes musiciennes et des femmes des musiciens.

 

Alma Maria Mahler, fille d'artiste, Emil Jakob Schindler et Anna Von Bergen,  elle sera aussi femme d'artistes. Elle vécut une enfance heureuse entourée d'artiste, dont le Célèbre Gustav Klimt à qui elle aurait donné son premier baiser. Elle fut l'épouse du grand compositeur Gustav Mahler en 1902, de 20 ans son aîné dont elle eut deux enfants : Maria Anna (1902-1907) et Anna (1904-1988).

 

Alma en 1899

 

Lors de son mariage avec Mahler elle dû renoncer à ses propres aspirations artistiques (peinture) et musicales. Mais quand on aime la musique plus que tout comment y renoncer ? Sa relation extra conjugale avec l'architecte Walter Gropius lui redonna sa joie de vivre, et une fille Manon (1916-1935). Elle l'épousa d'ailleurs à la mort de Mahler en 1911. Mais de ce mariage tumultueux elle préférait les escapades amoureuses avec Oskar Kokoschka, qui représenta leur amour dans la toile «  La fiancée du vent » (Die Windsbraut) en 1913.

 

 

 

Kokoschka, Oskar - Die Windsbraut, 1913
- Kunstmuseum Basel

     

Télégramme de Kokoschka
« Chère Alma, nous sommes éternellement unis dans ma fiancée du vent »

 

Peur de cette passion grandissante pour son peintre, elle le quitte pour un romancier, cette fois, Franz Werfel, dont elle aura un fils, martin Carl Johannes (qui ne vécut que 10 mois), encore marié à Walter. Mais même mariée, Alma n'était pas liée elle avait une liaison avec un théologien qui souhaitait devenir cardinal. Johannes Hollensteiner avait 37 ans elle en avait 53. Elle su  l'envoûter à tel point qu'il renonça à l'église à jamais

En plus de ses maris et amants elle inspira aussi le compositeur Alban Berg qui lui dédia son concerto pour violon « À la mémoire d'un ange ».

De 1938 à 1945, Alma et Werfel quittèrent l'Anschluss pour la France, mauvais choix, l'occupation allemande les fit partir de nouveau en Espagne, puis au Portugal et enfin à New York où Alma mourut en 1964.(9)

 

Alma compositrice : en 1910 elle publie 5 Lieder, 4 Lieder en 1915, 5 en 1924. Elle aurait composé une centaine d'ouvrages dont certains sont encore inédits. Elle commença un opéra mais jamais achevé.

Sa vie fut  le sujet d'un roman «  Alma Mahler ou l'art d'être aimée » paru en 1988 de Françoise Giroud, attention Alma y est souvent écrite comme arrogante et on se demande parfois si francoise n'était pas jalouse d'Alma pour la dépeindre de la sorte.  En voici quelques passages :

« Fondamentalement, elle ne veut pas donner. Elle veut recevoir amour et gloire, gloire et amour comme le tribut que le monde lui doit. […] Un demi-siècle plus tard, on dira, on écrira, on répétera qu'Alma a tué Mahler. Qu'elle l'a placé dans une posture psychique telle que la maladie l'a trouvé vulnérable, privé de résistance. La thèse paraît audacieuse […] Mais s'il est vrai qu'on peut mourir d'amour, alors, oui, il en est mort […] Elle n'a jamais aimé, ce qui s'appelle aimer, ses enfants […]"

 

D'autres ouvrages caractérisent Alma comme une muse, muse musicale, muse artistique. Karen Monson donne à sa biographie d'Alma Mahler Schindler le sous-titre "Muse to Genius". C'est plus l'image de la femme sacrifiant son art à son couple qui y est ici décrit

Une chose est sure, d'après tous les ouvrages relatant sa vie et ses nombreuses relations, Alma devait être une femme splendide non dénuée d'intelligence, égérie de la société culturelle viennoise. Alma était une grande séductrice. Ses partenaires devaient être au moins à son niveau, chose parfois difficile. Elles les choisissait et décidait quand elle devait les quitter, un comportement plutôt masculin en somme. Mais Lorsque les rôles sont inversés cela ne choque que peu de monde.

Ses amis et amants lui dédicacèrent des symphonies, des recueils de poèmes, des bâtiments. Eprise de talent et de liberté, Alma Mahler est tantôt une muse enthousiaste, tantôt récalcitrante, une femme de coeur et de tête qui annonce l'émancipation féminine du XXe siècle.

 

Alma

 

Sa vie fut aussi adaptée au cinéma dans le film «  La fiancée du vent » de Bruce Beresford.

 

A suivre.../...



Article ajouté le 2008-06-15 , consulté 145 fois

Commentaires


Anne-Marie le 03/07/2008 à 12:50:49
Un régal! Article bien documenté et très agréable à consulter. J'attends la suite avec impatience...
jeanine le 06/10/2008 à 11:16:05
bien sûr les femmes ont toute leur place dans la musique ;c'est plus difficile pour elles de se faire connaître, c'est pourquoi cet article est très instructif et trés intéressant

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