a -Les femmes en musique (1ère partie)
Les femmes en musique : De la muse à la musicienne …
Conférence de juin 2006
I –Prélude personnel
En tant que femme et musicologue, je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi cette division sexiste de la musique. Il existe plusieurs façons de faire de la musique, la composer, la jouer, la chanter … Et bien de tout temps la femme fut cantonner à un rôle de « servante » de la musique. Tout comme elle devait servir son mari, elle servait la musique, faisait quelques accompagnements musicaux et chantait en petit comité. La femme fut souvent cantonnée à un rôle de muse. Et même si l'on demande de nos jours à un musicien qu'elle fut le rôle joué par la femme dans l'histoire de la musique, il répondra qu'il ne savait pas qu'il y avait eu des femmes musiciennes ! Misogynie ou réalité ? La femme serait-elle incapable de création musicale ? La musique ne peut-elle être comprise que par un homme ? Problème éthique, génétique, politique, social ?
C'est vite oublier les origines du mot musique ! Le nom musique n'est-il pas féminin ? Ne dit-on pas Une flûte, Une viole de gambe, Une trompette, Une cithare, Une contrebasse, Une guitare Une épinette, Une harpe… Un piano me direz-vous ! Oui … mais Une note, Une touche, Une corde…Une chanson, Une cantate, Une sonate…Une symphonie…Une messe…Une fugue…Le masculin et le féminin en musique se mêle et s'entremêle, une « messe des morts » est la traduction d'un Requiem. A chaque prélude (masculin) correspond une fugue (féminin). Nous disons Un Lied en français, mais ceci est faux car en allemand il est neutre (pas Die ni Der, mais Das Lied) aussi traduit pas mélodie, chanson, deux noms féminin là encore !
Le rôle de la femme dans l'histoire de la musique N'est jamais pris en compte, jugé marginal. Son rôle au sein de l'art musical suit l'évolution de son rôle au sein de la famille. Encore considérée impure au moyen âge, absente de la scène musicale sacrée (1). Ne chantant pas, comment voulez-vous qu'elle joue d'un instrument et qu'elle compose ! Pourtant des femmes musiciennes existaient, avant et pendant le Moyen âge.
En effet des fresques, et les bas reliefs des tombeaux égyptiens, ainsi que les vases en terre cuite attestent du rôle de la femme en musique. En haute Égypte, la femme chantait dans les temples dédiés aux différentes divinités (les prêtresses). Et notamment la déesse Bastet, déesse à tête de chat, déesse musicienne, bienveillante protectrice de l'humanité et de l'accouchement. Tout nous prouve que dès l'antiquité la femme jouait de la musique. Nous en avons de nombreux témoignages notamment une joueuse de lyre retrouvée à Pompéi (79 après J.C), femme jouant de l'orgue portatif (cathédrale notre dame du puy en France XVème siècle)…
Un linguiste anglais du XVIIIème siècle qualifiait la compositrice ainsi : « Une femme qui compose, c'est un peu comme un chien qui marche sur ses pattes de derrière. Ce qu'il fait n'est pas bien fait, mais vous êtes surpris de le voir faire". Une erreur de la nature en quelque sorte, une curiosité !
En 1880, un critique de musique américain George Upton dit que la femme n'a pas le« type d'intelligence nécessaire » pour composer de la musique. Et toujours d'après lui les compositions des femmes sont inutiles.
Le problème est plus grave, car les femmes étaient persuadées d'être de mauvaises compositrices, la célèbre pianiste Clara Schumann déclara qu'elle avait renoncé à l'idée de composer car « La femme ne doit pas désirer composer. Aucune femme n'a réussi à le faire jusqu'ici, alors pourquoi en serait-il autrement pour moi? »
Clara Schumann
Lithographie d'Andreas Staub.
De plus celles qui tentaient de composer étaient soumises au jugement social et familial. Les œuvres des compositrices étaient souvent restées inconnues et depuis quelques années elles sont redécouvertes. Comme les œuvres de Fanny Mendelssohn (2), Alma Schindler (3).
Fanny Mendelssohn
Mais rassurons nous il n'y a pas qu'en musique que la femme se fait discrète. Elle est aussi absente de la scène artistique en musique nous venons de le voir (Germaine Taillefer, mis en évidence grâce au groupe des six à lunettes) comme en sculpture (un seul nom Camille Claudel, mais n'était-elle pas un peu masculine ?), en architecture, en philosophie (Simone de Beauvoir oui mais grâce à Jean Paul Sartre), en biologie, en physique (Marie Curie, oui mais grâce à son mari), en médecine…
Ne fréquente pas la femme musicienne,
de peur que tu ne sois pris dans ses rets.
(L'Ecclésiastique, IX, 4 ; IIe siècle avant J.-C.)
Nous devrions déjà nous estimer heureuse d'avoir la place de muse, source d'inspiration créatrice de nos chers messieurs ! Normal, me direz-vous, le monde est ainsi fait, la femme est l'inférieur de l'homme !
Transmis de génération en génération par la culture collective, l'éducation et les gènes… Nous subissons encore de nos jours ces valeurs communément admises. Comme dans tous les métiers où la femme souhaite faire sa place, elle se doit d'être meilleure qu'un homme pour qu'elle soit acceptée. Certaines sont tellement convaincues de leur infériorité qu'elles préfèrent ne rien faire plutôt que de paraître quelconque. Etre musicienne est une chose, compositrice en est une autre ! Jouer ce que les autres ont écrit est plus facile que de composer soi même. Peur du jugement des autres compositeurs masculins. Ce n'est pas le talent qui est mis en doute mais la position de la femme. L'homme a peur que la femme, plus sensible, plus douce, plus intuitive fasse une musique plus subtile qui obtienne les faveurs du public.
Mais certaines femmes ont essayer de relever le défi : voici leur histoire …
II – Historique : Les femmes musiciennes
1 – Antiquité et Epoque médiévale
Sous l'antiquité, la musique de divertissement était féminine. Au marché des esclaves, les femmes musiciennes étaient achetées. Entre le divertissement, la femme et la musique l'amalgame fut vite fait. Une parole de Saint Paul : « Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole. » (1, Cor. 14-34).
C'est au Moyen âge, que les moines ont commencé à évincer les femmes de la vie politique, sociale, musicale, artistique, religieuse… Il n'y avait qu'eux qui avaient les connaissances, connaissance littéraire d'abord en s'appropriant tous les ouvrages, connaissance d'écriture, eux seuls hormis quelques seigneurs savaient lire et écrire, connaissance musicale, les ouvrages musicaux, les parchemins étaient gardés précieusement dans les monastères…
Ils se basaient sur notre mère à toutes dans la religion judéo-chrétienne : Eve. N'est-ce pas par elle que Adam commis l'irréparable ? Puis les écrits d'Homère relatant les chants envoûtant des sirènes qui attiraient les marins au fond de l'océan. C'est sur ses bases qu'ils ont construit une morale judéo-chrétienne où l'on remet en question jusqu'à l'existence même de la femme.
Même si à l'époque médiévale, il y avait quelques femmes troubadours, elle restent marginales et ne sont pas connues du grand public et on n'en parle pratiquement pas dans les manuels d'histoire de la musique, elles ne figurent pas à côté de Guillaume de Machaut ou Adam de la Halle. De plus elles avaient mauvaise réputation, femmes assimilées à des diablesses en comparaison des musiciennes romaines qui se prostituaient pour vivre.
Les femmes pouvaient composer des poèmes, écrire, (tout le monde connaît Madame de Sévigné !) mais la musique était taboue. C'est l'association femme/musique qui gênait. La musique souvent considérée comme démoniaque (n'était-elle pas associée aux rituels sacrés en haute Égypte ?) ne devait pas être joué par la femme, elle aussi jugée démoniaque.
Les premières femmes a avoir composer étaient sans doute les prêtresses dans les temples réservés aux divinités chez les égyptiens, mais plus proche de nous, à l'époque médiévale, Hildegarde von Bingen, religieuse, composa des chants et des psaumes dédiés à la vierge Marie (O clarissima mater et O tu illustrata) puis un chant «O ecclesia » t en hommage à Sainte Ursule, assassinée à Cologne avec d'autres jeunes femmes de sa communauté (11000)
Sainte Hildegarde de Bingen
Hildegarde était une religieuse bénédictine (1098-1179). Elle était le dixième enfant d'une famille noble très croyante, elle rentra au couvent à l'âge de 8 ans et prononça ses vœux à 14 ans. En plus de ses nombreux écrits comme par exemple « l'univers » et le « corps mystique », elle composa de nombreux chants. On dénombre plus de 70 chants, hymnes et séquences tous dédiés à Dieu et à la vierge. Elle est aussi à l'origine d'un drame liturgique (sorte d'oratorio) ordo virtutum, ensemble vocal de 82 mélodies dont le thème principal est le tiraillement de l'âme entre démon et vertu.
Des noms plus connus d'Aliénor d'Aquitaine (1124-1204), Catherine de Sienne et Héloïse sont les images féminines de la musique au moyen âge. Les œuvres des troubadours où la femme est le sujet sont nombreuses, ils chantent l'amour mais peu de femmes chantent. Au XII et XIIIème siècle Sur 460 troubadours, seules vingt étaient des femmes. Sur les manuscrits des XIII et XIV ème siècles, environ 2000 textes on en attribue 25 aux femmes (trobairitz,) notamment un texte de la comtesse Béatrice de Die.
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femmes |
hommes |
% |
|
troubadours |
460 |
20 |
440 |
4,3 |
|
textes composés |
2000 |
25 |
1975 |
1,2 |
Les femmes qui parvenaient à composer étaient de descendance noble car elles seules savaient écrire dans cette époque d'illettrés. L'éducation modèle de l'époque du XVII et XVIII siècle admettait la femme musicienne, mais comme la plupart des femmes qui étaient instruites, ces femmes musiciennes entraient généralement dans les ordres, les ouvrages réalisés étaient donc souvent a caractère religieux. Elles mettaient leur don au service du Divin.
2 – La Renaissance
A cette époque, les partitions circulent plus librement et les compositions des hommes servent de modèles aux femmes qui les recopient et compose suivant leur modèle. Et les premières publications commencent à arriver comme celles de Casulana qui composa 4 madrigaux (1566) ainsi que Paola Massareghi et Vittoria Aleotti…
Il faut attendre Martin Luther et ses décrets pour que les femmes commencent à entrer dans le monde très fermé de la musique.
3 - L'époque baroque
A l'époque baroque, la noblesse est fervente de musique. Et la femme musicienne est synonyme de femme cultivée. Elles prennent des leçons de solfège auprès des plus grands musiciens de la cour. Ainsi Bach fut-il très sollicité pour donner des cours. C'est à cette période qu'est née l'Art musical. Cette culture musicale de la femme permet surtout de la positionner comme un « bon parti ». Qui dit femme musicienne, dit famille aisée…Les cours de solfège sont, plus pour les parents, un investissement pour la future épouse que des leçons de plaisir. Les femmes musiciennes de l'époque se contentaient de jouer les œuvres déjà écrites par les grands maîtres. Elles composaient rarement sauf peut-être pour les filles des compositeurs. Et pourtant de cette période baroque une grande femme claveciniste émergea : Ana Magdalena Bach la seconde épouse de J.S Bach. Qui termina d'ailleurs certains de ces ouvrages après sa mort en signant Bach pour les vendre par nécessité. Sans que jamais personne ne se rende compte de la supercherie. Mais aucun concert public pour madame Bach. Ses fils ont dû lui voler la vedette !
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Petit livre de notes d'Anna Magdalena
Les femmes musiciennes de cette époque appartenaient a des famille de musiciens, nous l'avons vu avec la femme de Bach, il y avait aussi Anne Chabanceau de la Barre, chanteuse, danseuse, claveciniste et luthiste fille d'un autre organiste Pierre III chabanceau de la Barre.
Elle fut une des rares reconnus officiellement car elle reçut en 1661 un brevet d'Ordinaire de la Musique du roi pour récompenser son « excellente voix ».Il y eut aussi Isabelle leonarda, compositrice d'oeuvres essentiellement vocales et sacrées environ 200 oeuvres
Au cours de cette période 48 recueils d'œuvres de femmes sont publiés, principalement des œuvres vocales, aussi bien profanes que sacrées. C'est grâce aux couvents italiens que la publication peut se faire, mais les couvents orientent aussi la formation musicale des femmes, c'est pourquoi le nombre d'œuvres sacrées est plus important. Entre 1566 et 1700, 50% des œuvres composées sont à caractère sacré
4 - L'époque classique
Connaissez-vous Elisabeth Jacquet de la Guerre ? Elle fut la Compositrice adorée de notre Roi Louis soleil. Elisabeth Jacquet de la guerre née Jacquet, claveciniste et musicienne française. Etait un enfant prodige, un peu comme Mozart, mais ses nombreux talents n'ont pas permis la standing ovation de Mozart. Elle a pourtant joué devant le roi Louis XIV à l'âge de cinq ans !
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Élisabeth Jacquet de La Guerre
par François de Troy
Elle doit une partie de sa renommée à son mari l'organiste célèbre Marin de la guerre qu'elle épousa en 1684. ce fut une des rares femmes compositrices de son époque dont les œuvres sont connues : suites pour clavecin (1687-1707), une tragédie lyrique « Céphale et Procis » 1694, des trios de sonate (1695), des sonates pour violon et clavecin (1707), des cantates sacrées (1708-1711), des cantates profanes (1715). Son style musical fut influencé par la musique féminine italienne.
Ces œuvres furent remarquées grâce à leur diffusion sur papier. Elle fut une des rares femmes musiciennes dont les ouvrages furent imprimés en France au XVIIème siècle au côté d'autres grands compositeurs hommes comme Jacques Champion de Chambonnières (4), Nicolas-Antoine Lebègue et Jean-Henri d'Anglebert.
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Jean-Henri d'Anglebert
Ces concerts furent appréciés de son vivant et elle composa un opéra « les jeux à l'honneur de la victoire » exécuté en 1685 dans les appartements du dauphin.
D'autres musiciennes fréquentaient les cours .Ainsi Marie-Louise de Beaufranchet d'Ayat, une des nombreuses maîtresses du Roi Louis XV, née O'Murphy de Boisfailly nommée « la belle morphyse ». Musicienne voltairienne que la pompadour évincera par sa maturité
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Marie-Louise O'Murphy de Boisfailly - peinture de françois Boucher - 1752
À l'époque classique, la femme musicienne était très érudite, loin des clichés de la femme musicienne de l'époque médiévale. Une des femmes musiciennes de cette époque classique, mais sûrement moins célèbre que son illustre frère, Nannerl Mozart, qui composait, jouait du clavecin, du violon chantait divinement bien et pour compléter sa formation musicale maîtrisait parfaitement l'art des langues, le latin et les mathématiques. C'est d'ailleurs en l'écoutant que Mozart eut envie de jouer du clavecin. Elle donna aussi quelques concerts avec son frère jusqu'à ce que Léopold la juge en âge de se marier et l'éloigna des voyages musicaux.
Elle faisait partie des privilégiées qui pouvaient jouer leur musique en concert, car les privilèges musicaux accordés aux jeunes filles et aux femmes de cette époques furent restreints, elles avaient le droit de jouer de la musique de chambre, du piano forte, de chanter mais ne pouvaient se produire en public.

Narnnel Mozart
Autre femme musicienne, la claveciniste Marie-Françoise Certain, une des élève de J.B Lully et grande amie de la fontaine. Entre d'autres grandes compositions, elle joua notamment les symphonies des opéras de Lully.
Sous l'impulsion de Mazarin, les opéras italiens font leur apparition en France et les cantatrices se font plus présentes. C'est souvent grâce à leur relations, tant familiales qu'amicale qu'elles pouvaient s'imposer.
C'est ainsi que Hilaire Dupuy, belle sœur de Michel Lambert, beau-père de lully chantait dans les opéras de Lully. Tout comme La demoiselle saint Christophe (1625-1682), autre cantatrice à avoir une place importante dans la Musique donnée à la cour du roi, elle fut même engagé en 1674 à l'Académie Royale de Musique crée par Louis XIV en 1669.
Nous pouvons aussi citer d'autres cantatrices de cour telles que Marthe le Rocchois et Anne de Fonteaux (la Cercamanen), obtint un titre de musicienne ordinaire de la chambre du Roi.
Les femmes musiciennes de l'époque composaient peu et préféraient jouer d'un instrument en interprétant les œuvres des grands compositeurs ou bien chantaient leurs œuvres.
Pour confirmer notre thèse des femmes musiciennes de descendance musicale, continuons avec Angélique Houssu, fille et petite-fille, nièce et aussi cousine de célèbres organistes de l'église des Saints innocents à Paris pendant plus de 150 ans.
Brillante claveciniste, elle épousa en 1697 Antoine de Forqueray, célèbre joueur de viole français avec Marin Marais. Le couple eut trois enfants, tous musiciens et toute la famille se produisait dans l'Hôtel de Soissons où elle demeurait.
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Antoine Forqueray
Un de leurs enfants se prénommait jean baptiste Antoine .Mais Angélique eut à subir les affronts de son mari, non content de la tromper allègrement avec les nombreuses servantes, il la tapait aussi lorsqu'il était ivre. Nous comprenons mieux alors qu'elle ne ses oit jamais consacrer à la composition !
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jean-baptiste Antoine fil de Antoine Forqueray et de Angelique Houssu
Suite ... Les femmes musiciennes à l'époque classique dans l'article "Les femmes en musique II"

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