Mozart - Son père... Ses voyages (3ème partie)

3 - Son père

 

Léopold Mozart

 

Léopold Mozart avait 37 ans lors de la naissance de son fils. Il est le fils aîné d'une famille nombreuse sans grande fortune. Il apprend le grec, le latin et fait des études de droit et de théologie à la faculté de Salzbourg et devient domestique musicien au service du comte Von Thurn puis par la suite du prince archevêque.

 

            Il épousa le 21 novembre 1747 (voir chapitre IV la vie de Mozart, arbre généalogique) Marie Pertl. Il s'apprêtait à publier sa méthode de violon quand son 7ème enfant (15) allait naître, le deuxième à survivre après sa fille Nannerl âgée de 4 ans.

 

 

Il a eu, grâce à son père et à ses nombreux voyages, les plus grands professeurs du moment qui lui ont transmis tous ce qu'ils savaient et comme Mozart enregistrait tout très bien, il pouvait aisément rejouer de tête ce qu'il avait entendu. Léopold notait toutes les prouesses de son fils sur les partitions «  ce trio et ce menuet ont été appris par Wolfgang en une demi-heure, le 26 janvier 1761, un jour avant sa 5ème année »

Il est certain qu'une part du génie de Mozart est due à son père. Mozart disait de son père «  Après Dieu, vient papa ». Il vouait une grande admiration à son père et petit jouait au piano pour lui faire plaisir. Léopold Mozart était un bon musicien professionnel, un bon compositeur, 4ème violon à la cour de Salzbourg. Ce fut pour Mozart un excellent professeur et un très bon pédagogue. Sa méthode de violon fera longtemps autorité en la matière, « Versuch einer Gündlichen Violon », l'école du violon.

 

Il est certain que Léopold était fier de son fils et voulait lui assurer un avenir grâce à ses dons musicaux, mais il est aussi certains qu'il en tira parti pour sa renommée et surtout pour assurer des revenus stables à sa propre famille. Léopold est calculateur et un sous est un sous et il est souvent déçus par les cadeaux royaux.

Mais il aimât profondément ses enfants car lorsque le petit Wolfgang tombe malade, il n'hésite pas à annuler des concerts pour qu'il se rétablisse plus vite.

C'est aussi un père attentif qui tente de recadrer son fils dans nombreuses de ses missives, car Mozart était doué pour la musique mais pas pour les affaires. Son fils est un rebelle, et beaucoup trop candide. Mais il ne sait pas dire combien il l'aime et il l'étouffe sous des récriminations des reproches…et sa disparition en 1787 bouleversa terriblement son fils qui ne vivra, d'ailleurs  que quatre ans de plus que son père !

            Léopold Mozart est certain du génie de son fils et dans une lettre écrite à Vienne le 30 juillet 1768 adressé à Lorenz Hagenauer il écrit ceci «  Nous sommes des gens honnêtes qui font connaître au monde, pour la gloire de leur prince et de leur patrie, un miracle que Dieu à fait naître à Salzbourg »

 

4 - Ses voyages

 

Impressionnant, voilà ce qui caractérise les voyages (voir annexe III carte des voyages) de Mozart. Il a voyagé 11 ans de sa courte vie soit pratiquement 1 jour sur 3 ! Très souvent de cours en cours, de calèches en calèches etc.. Ces nombreux voyages ont développé Mozart et il s'est enrichi musicalement au contact des plus grands compositeurs du moment, en Italie, en Hollande, en France en Angleterre.

 

C'est au cours de ses nombreux voyages qu'il pu apprendre différentes langues, en plus de l'allemand qui est sa langue maternelle, il connaissait l'anglais, l'italien et le français écrit et parlé, et sans effort il s'exprime dans l'une ou l'autre des langues.

Voyages éprouvant, fatiguant qui dégradaient la santé déjà fragile de Wolfgang. Mozart à beaucoup plus voyagé enfant qu'adulte, car il a recherché après son mariage une certaine stabilité en acceptant un poste fixe à vienne.

 

Janvier 1762 – janvier 1763 : Une année complète de voyages : 1ère tournée de la famille en Bavière et en Autriche : Munich, Vienne. C'est en 1762 que dans une de ses lettres Léopold raconte que son fils « a sauté sur les genoux de l'impératrice » Marie-Thérèse,  à Schönbrunn. Mozart notait tout, comme son père, et de nombreux écrits nous expliquent les journées de l'enfant prodige.

 

Juin 1763-novembre 1766 : (3 ans et 5 mois) : Deuxième tournée européenne : Munich, Augsbourg, Aix-la-Chapelle, Bruxelles, Paris (5 mois) et Versailles. Les deux enfants, Wolfgang et Nannerl amusent la marquise de Pompadour et la cour de Louis XV. Wolfgang rencontre à cette occasion Johann Schobert dont il sera influencé pour la composition de ses premières sonates.

Puis enfin Londres où il rencontre J.C. Bach, maître de musique de la Reine Charlotte où il séjourne 15 mois. Revient par la Hollande (5 mois) puis par les cours de France, Dijon et Lyon (2 mois) et rentre par la Suisse et la Bavière

 

Septembre 1767-janvier 1769 : (1 an et 4 mois) Deuxième  tournée en Autriche avec pour ville de base Vienne. Premiers opéras : La Finta Semplice puis Bastien et Bastienne

Décembre 1769-mars 1771 : (1 an et 3 mois) Tournée en Italie seul avec son père : Vérone, Milan (l'opéra de la Scala monte deux de ses œuvres), Bologne où il rencontre  le célèbre Martini, Florence, Rome, Naples. Retour par Rome, Milan et Venise. Quatuor à cordes n°1. Opéra Mithridate, composé et créé à Milan le 26 décembre 1770. Second voyage en Italie. Ascanio in Alba, à Milan.

1772 : Troisième voyage à Milan. Les six quatuors « milanais ». Lucio Silla, créé à Milan le 26 décembre. Symphonies n°15 à 21. Le prince archevêque Colloredo est élu à Salzbourg. Le 15 août, Wolfgang Mozart devient Konzertmeister titulaire.

1773 : Retour à Salzbourg. Quatuors 2 à 7 (pour l'Italie), 8 à 13 (pour Vienne), Concerto pour piano n°5, Symphonie n°25 (pour Salzbourg).

1778- 1779 : Mozart rencontre la cantatrice Aloysia Weber dont il tombe éperdument amoureux, puis Voyage à Paris (1an) avec sa mère qui y meurt. Sonate pour piano en La mineur (K. 310). Symphonie n°31 « Paris ». Concerto pour flûte et harpe.

1779 : Revient à Salzbourg en 1779. Devient organiste de la cour.

1780 : Messe du Couronnement. Symphonie concertante pour violon et alto. Concerto pour deux pianos (K. 365). Rupture définitive avec Colloredo. Déménagement à Vienne, où Wolfgang s'éprend de Constance Weber, la sœur cadette d'Aloysia. À Vienne Mozart s'imprègne des différents courants musicaux notamment ceux de Haydn et Glück

1781 : Il obtient enfin un poste fixe à la cour Salzbourgeoise jusqu'à ce que des intrigues l'obligent à quitter cette ville pour Vienne. En 1782 il épouse Constance Weber (la sœur d'Aloysia) et il ne bougera plus jusqu'à sa mort en 1791.

 

1787 : Voyage à Prague. Don Giovanni y est créé le 29 octobre. L'empereur Joseph II le nomme « compositeur de la Chambre Impériale et Royale ». Quintette à cordes (K. 515 et 516). Mort de Léopold.

1789 : Voyage à Berlin. Quintette avec clarinette (K. 581).

Malgré les nombreux écrits, il est difficile de faire un calcul exact de ses nombreux voyages. Compte tenu de l'époque, ses déplacements à l'étranger étaient de véritables expéditions. On peut dire que Mozart était plus européen qu'allemand. Il a passé presque autant de temps dans son pays qu'à l'étranger. Pour Geneviève Geffray, (16) Mozart était un compositeur moderne et européen : « Il est allé à la rencontre des meilleurs musiciens de son temps, et c'est en cela qu'il a été l'un des premiers grands Européens. Ces voyages culturels, de formation, ont été extrêmement répandus ensuite, à l'époque romantique, mais pas du temps de Mozart. »

 

5 - Son œuvre (17)

 

L'art musical de Mozart est une énigme difficile à résoudre. Car il s'agir bien d'une énigme, nous comptons sur les doigts d'une main les artistes, qu'ils soient peintres, poètes, sculpteurs ou musiciens ou l'art traverse le temps et soit intemporel et d'actualité. Mozart touche et bouleverse tout le monde. Est-ce la gaieté des compositions, l'apparente simplicité des œuvres ou de l'idolâtrie générale ? « Chez un compositeur valable, cinq notes seront belles, chez Mozart, les cinq mêmes notes, arrangées un peu différemment, seront une merveille. On ne peut pas l'expliquer » (18)

 

Il a commencé à composer des petites piécettes vers l'âge de 4 ans. Très tôt, dès l'âge de 3 ans, Mozart manifesta une faculté de concentration exceptionnelle et commençait à pianoter sur le clavecin avec sa sœur et son jeu favoris consistait à assembler des notes il disait «  chercher les notes qui s'aiment».

 

On peut m'accuser de vouloir tuer le mythe, mais tous les enfants de musiciens écrivent et composent.

Comme tous les enfants musiciens de son époque il composait et son père corrigeait beaucoup pour rendre les pièces audibles, cela n'enlève rien à la créativité de Mozart, mais avant l'âge de 19 ans, musicalement pas de compositions exceptionnelles. Il avait par contre une grande sagesse et une maturité dans ses œuvres ce qui est assez surprenant pour un enfant de cet âge.

 

L'œuvre mozartienne est considérable, comprenant à la fois des opéras, des œuvres sacrées, des œuvres profanes, des œuvres pour instruments à vents (19), pour cordes, pour piano, des œuvres maçonniques ( K477, musique funèbre et K546 adagio et fugue, la flûte enchantée etc. …) des symphonies, des œuvres pour orchestre …en tout plus de 40 symphonies dont la symphonie Haffner" (K 385), la Symphonie « Prague » (K 504) et la « Symphonie Jupiter » (K 551) ( les plus jouées en salle de concert) , 23 opéras, 31 concertos pour piano et violon, 8 grand-messes dont un requiem (20) et la célèbre « Messe du couronnement », des arias, des marches, danses, de la musique de chambre avec des quatuors, trios et quintettes. Mozart était un travailleur acharné.  La plus connue des sérénades reste certainement la « petite musique de nuit », la plus ravissante. Mais une particularité un seul concert pour clarinette, instrument qu'il aimait beaucoup pourtant.

 

Il existe plusieurs styles dans son œuvre et sa musique reflète en partie son époque et annonçe aussi un peu le préromantisme qui suivra. Une partie de la musique de Mozart s'inspire du courant pré romantique du Sturm und drang, car on trouve dans ses œuvres certaines plus dramatiques. On retrouve un style galant comme dans la sonate en fa majeur, ou la petite musique de nuit avec des thèmes très lyriques. Puis on retrouve l'influence de J.C. Bach qu'il rencontra en 1882 avec des œuvres plus contrapuntiques, ou bien fuguées (essais peu concluant) ou bien le style d'Haendel dans le kyrie du Requiem. A la fin de sa vie, ses œuvres nous apparaissent plus romantiques, avec l'exposition de ses sentiments. Lui si pudique, il nous livre une confidence avec une certaine tristesse dans des tonalités souvent mineures qui pourraient faire penser à Schubert comme dans l'Adagio du concerto en la majeur. Ou encore dans la première partie de son Requiem (seule partie écrite par lui) ou l'on pourrait reconnaître Brahms. Il possédait un soin du détail que l'on ne retrouve chez aucun de ses contemporains !

 

Il pouvait composer de la musique aussi bien sur des textes allemands, français (les variations pour piano de ah vous dirais-je maman, annexe II, dont on à longtemps pensé qu'elles avaient été écrites à Paris lorsque sa maman était malade, mais en fait elles furent composées plus tard à Vienne en 1781-1782 ou encore « la bergère célimène »etc.…) texte en anglais (madrigal qu'il a composé à l'âge de 9 ans) God is our refuge KV 20

 

Mozart était capable de faire la distinction entre sa vie personnelle et professionnelle, c'est à dire qu'il pouvait écrire des choses gaies alors que dans sa vie tout était noir (la mort de  sa mère, la mort d'un enfant) comme il était capable de composer des œuvres tristes à des moments de sa vie ou tout allait bien. Exemple du lacrimosa du requiem, qui est gai alors qu'il s'agit d'une messe des morts. Dans son œuvre n'apparaît pas sa vie, il semble être capable de se détacher totalement de la réalité dans laquelle il évolue pour se concentrer sur sa musique sans aucune interférence. Sauf pour son engagement auprès de la franc-Maçonnerie (la flûte enchantée par exemple …)

 

Par exemple, en 1783, il compose le Quatuor en ré majeur, pour cordes K421 pendant que constance accouche de leur premier enfant dans la pièce voisine, pas de tension chez lui alors qu'à cette époque la mère comme l'enfant pouvait mourir !

 

Autre création dans la précipitation et les ennuis : Au cours de l'été 1788 il perd sa fille alors âgée de six mois et des difficultés financières amènent le couple Mozart à déménager dans un appartement plus petit, pourtant il continue de composer, et naissent ses trois dernières symphonies, notamment la symphonie N°40 en sol mineur K550, et la symphonie n°41 en do majeur « Jupiter » et le trio K542, la sonate K545. Nous  pouvons arriver à déceler certains aspects de sa vie dissimuler dans ses œuvres, mais toujours en conservant le style mozartien de gaîté. En 1777 quand Mozart ne souhaite que quitter Salzbourg et Colloredo, il compose le concerto K271 et les premières mesures sont comme un chant d'indépendance.

 

            Une lettre de Mozart à son père définit bien ses rapports avec la mort et nous comprenons assez bien que finalement son comportement :

Vienne 4 avril 1787 : « Comme la mort est l'ultime étape de notre vie, je me suis familiarisé depuis quelques années avec cette véritable et meilleure amie de l'homme, de sorte que son image non seulement n'a plus rien d'effrayant, mais est plutôt quelque chose de rassurant et de consolateur ».

 

"C'est toujours dans les lettres d'un homme qu'il faut chercher plus que dans tous les autres ouvrages l'empreinte de son cœur et la trace de sa vie." disait Victor Hugo.

 

Il existe plusieurs univers chez Mozart. Ils sont en relation étroite avec les différentes périodes de sa courte vie et de ses nombreux voyages dont il savait tirer judicieusement parti. Ce qui surprend chez Mozart c'est la capacité qu'il avait d'intégrer dans ses œuvres les formes du classique en respectant bien la carrure en y mêlant son propre style. Ce qui compte avant tout pour Mozart c'est la beauté auditive de l'œuvre avant sa technicité.

 


Les œuvres de Mozart peuvent se répartir selon quatre grandes périodes de sa vie :

 

Période I : 1762- 1774 : Les voyages dans les différentes cours d'Europe ou il étudie et apprend les différents styles musicaux au contact des plus grands compositeurs de son époque.

 

Période II : 1775 – 1780 – Repos à Salzbourg avec l'ébauche de ses premières œuvres et le début de sa renommée.

 

Période III : 1781-1788 – Les années prolifiques du compositeur. – Vienne, une grande partie de ses opéras.

 

Période IV : 1789-1791 : Période de recherche, d'expérience dans l'écriture et approfondissement du langage musicale.

 

 

Mozart et l'opéra

 

Mozart était un grand compositeur d'opéra, un des jalons essentiels de l'histoire de l'opéra avec une conscience de la dramaturgie incroyable (rien de comparable toutefois avec les œuvres lyriques puccinniennes et verdiennes).

Dans ses opéras il définit les personnages avant la musique. Les opéras sont les œuvres les plus connus de Mozart, mais on peut dire qu'il a composé énormément et dans tous les styles. Près de 23  opéras en 25 années presque un par an !

 

 

L'opéra avant Mozart c'était par exemple rinaldo de Haendel ou Orfeo de Glück. Et après Mozart l'opéra est devenu ce que nous connaissons avec les opéras italiens. Mais l'opéra mozartien est unique et pourrions nous dire inclassable, car dans ses opéras nous trouvons des personnages vrais, humains parfois fragiles. Il oscille entre la force et la douceur, entre la gaieté et le tragique. L'opéra se doit d'être tragique par nature or nous pouvons dire que les opéras de Mozart ne le sont pas!  Tragédie à la « Mozart » plein de bonne humeur et de légèreté rien à voir avec les opéras de Verdi, Puccini, Rossini…opéra allemand, plus froid, moins lyrique, me direz-vous ! Opéras mozartiens répondrais-je !

 

Opéras (voir le catalogue Köchel)

 

 

1768 (1767)                K38 Apollo et Hyacinthus  (âgé de 12 ans)
K50 Bastien Bastienne  opéra inspiré du " Devin du village" de Jean-Jacques Rousseau

1768                       K196 La Finta semplice 

1770                           K87 Mitridate Re di Ponto, premier opéra séria, commande, d'inspiration antique

1771                La Betulia Liberata

1771                ascanio in Alba

1775                K208 Il re pastore
K344 Zaïde
K345 Thamos König in Agypten
1781               
K366 Idomeneo Re di Creta – version Harnoncourt
1782               
K384 Die Entführung aus dem Serail L'enlèvement au sérail inspiration orientale
1786               
K492 Le Nozze di Figaro Les Noces de Figaro livrets de Lorenzo da Ponte opéra engagé d'après la pièce de Beaumarchais.
1787               
K 527 Don Giovanni livrets de Lorenzo da Ponte
1790               
K 588 Cosi Fan Tutte  livrets de Lorenzo da Ponte

1791                K 620 Die Zauberflöte La Flûte enchantée opéra maçonnique
1791               
K 621 La Clemenza di Tito La Clémence de Titus, commande impériale sur un livret de Métastase

 

Mozart a apporté au genre « opéra » trois axes importants qui n'existaient pas avant lui : La psychologie des personnages, l'introduction des ensembles vocaux et les jeux orchestraux.

 

Par exemple dans la psychologie du personnage, il pousse la musique à définir le caractère du personnage (comme nous en avons vu un exemple avec Verdi dans la Traviata avec les glissandi de Violetta). Mozart recherche lui aussi dans la musique à décrire encore plus le personnage. Nous pouvons trouver plusieurs exemples dans ses opéras : Le personnage de Tamino dans Die Zauberflöte avec la transformation du personnage (air de tamino 1er acte) puis il devient un homme plus digne d'allure presque princière (extrait du trio du 2ème acte de la flûte enchantée) etc. …

 

Mozart a compris très tôt que les ensembles vocaux à l'opéra pouvaient ajouter une tension à l'aspect dramatique, et il les utilise ainsi, un peu comme une seconde scène. Pour lui c'est l'orchestre qui indique le drame. Pour simplifier, l'orchestre joue le drame comme les chanteurs sur scène, même dialogue, même tension.

Il va même jusqu'à composer dans les noces de figaro (2ème acte le quatuor – quintette), un ensemble vocale de 20 minutes, où les ensembles se succèdent les uns aux autres, dans un tourbillon fabuleux qui coupe le souffle, avec des entrées d'instruments passant du duo au trio puis du trio au quatuor et enfin au quintette…avec l'entrée progressive des huit personnages.

 

Son écriture d'opéra évolue au cours des années. Par exemple vers la fin de sa vie, il utilise plus les instruments à vent. Comparaison entre l'ouverture de Die Entführung aus dem Serail et celle de Clémence de Titus.

Dans don Giovanni, l'orchestre est rempli de tensions comme celle d'Anna (1er acte aria d'Anna). Enfin chez Mozart, c'est l'orchestre qui conclut et non les voix. (Finale du 2ème acte de Don Giovanni et le Finale, 2ème acte, Die Zauberflöte

 

La différence avec d'autres compositeurs d'opéras est que Mozart y ajoute sa touche personnelle. En effet il change souvent de tonalité majeure en tonalité mineure pour créer la tension et accentuer la dramaturgie sans se soucier des règles de l'art qui auraient imposé des cadences parfaites en coda. C'est ce qui explique la fascination des opéras de Mozart. (Exemple Finale, 4ème acte, Le Nozze di Figaro)

 

            Nous pourrions conclure sur le fait que Mozart ne fut pas véritablement reconnu de son vivant en tant que grand compositeur. D'une part parce qu'enfant il était plutôt le « petit singe savant » que son père exhibait partout et qui impressionnait,  et d'autre part  parce que sa courte vie ne lui a pas laissé le temps de savourer sa renommée naissante. D'autres compositeurs comme Beethoven par exemple seront mieux reconnus. Mais l'oeuvre de Mozart est grandiose (plus de 600 œuvres), bouleversante et d'une grande qualité. Ludique, amoureux de la musique il sait mieux que quiconque faire passer sa joie de vivre et sa frivolité. Nous possédons une grande correspondance de Mozart, avec son père, sa mère, sa sœur et sa cousine et biens d'autres encore qui permet de suivre sa vie pratiquement au jour le jour, et pourtant il demeure l'un des musiciens les plus mystérieux.

 

Nous avons évoqué son père, mais sa mère et sa sœur ont, elles aussi, jouer un rôle dans le génie de Mozart (voir en article complémentaire celui sur les femmes musiciennes). En effet sans la grande sœur Mozart n'aurait peut-être pas eu envie de jouer au clavecin pour l'imiter.

 

De cinq ans l'aîné de Wolfgang, Maria Anna Walburga Ignatia Mozart dite Nannerl fut la compagne de jeux musicaux du petit Mozart et des nombreux voyages musicaux. Excellente pianiste, violoniste et ses dons de chant ont fait d'elle la partenaire idéale de Mozart dans sa grande tournée européenne de 1763-1766. Mais dès le retour à Salzbourg, elle était en âge de se marier (12 ans) et ne repartit plus avec son frère. A 33 ans elle épousera un magistrat. Et restera très lié à son frère jusqu'à la mort de leur père. Elle sera la mémoire de son frère après sa mort en consignant soigneusement ses souvenirs. Après avoir côtoyé les plus belles cours d'Europe et vécu au travers du génie de son frère elle décède en 1829 à 78 ans pauvre, aveugle, et laissant derrière deux enfants.

 

Voici une des lettres de Mozart adressé à sa soeur: « J'ai déjà décrit à mon père, récemment, l'emploi de mon temps, et je vais le répéter pour toi. - A 6 heures du matin, je suis toujours coiffé. - A 7 heures, complètement habillé. - Alors je compose jusqu'à 9 heures. De 9 heures à 1 heure j'ai mes leçons. - Ensuite je mange, quand je ne suis pas invité, là où l'on mange à 2 ou 3 heures, comme aujourd'hui et demain chez la Comtesse Zichy et la Comtesse Thun. - Avant 5 ou 6 heures du soir, je ne peux travailler - et souvent j'en suis empêché par une académie ; sinon, je compose jusqu'à 9 heures. » Sincèrement ton frère
W. A. Mozart

P.-S. A mon très cher père,
s'il est déjà à Salzbourg,
je baise 1000 fois les mains.

Autre correspondance à la Baronne von Waldstätten

J'ai dormi comme un loir et ronflé comme un ours ! - et (sans m'en faire gloire) je parierais presque que Votre Grâce s'est trouvée à proportion en même état ! - Vous souriez ? - vous rougissez ? Oh, oui - je suis heureux ! - Mon bonheur est assuré ! - Mais hélas ! Qui me tape sur l'épaule ? - Qui regarde ce que j'écris ? - aïe, aïe, aïe ! - ma femme ! - C'est que, par Dieu, je l'ai, et je dois la garder ! Que faire ? - je dois en dire du bien - et m'imaginer que c'est vrai ! - (...)
Ma femme, qui est un ange de femme, et moi, qui suis un modèle d'époux, nous baisons 1000 fois les mains de Votre Grâce et sommes à jamais vos

Fidèles vassaux
Mozart magnus, corporel parvus
et
Constantia, omnium uxorum pulcherrima et prudentissima*

(*Mozart le grand, petit de corps et Constance, la plus belle et la plus sage de toutes les épouses.)

Romain Rolland disait à propos de la correspondance de Mozart :

«Je viens de relire ses lettres [...] qui devraient être dans toutes les bibliothèques: car elles n'ont pas seulement un intérêt pour les artistes; elles sont bienfaisantes pour tous. Quand une fois on les a lues, Mozart reste votre ami pour toute la durée de votre vie; et sa chère figure se représente à vous, d'elle-même aux heures de peine; on entend son bon rire, enfantin et héroïque, et, si triste que l'on soit, on rougit de s'abandonner, en pensant à cette misère si gaiement supportée.»

 



Index :

 

(15) Johannes Chrysostomus Wolfgang Gottlieb (aimé de Dieu)

 

 

(16) conservatrice française de la bibliothèque de la fondation Mozartzeum de Salzbourg et traductrice de la correspondance de Mozart

(17)  Un catalogue complet fut établi par Ritter von Köchel, botaniste viennois et minéralogiste publié en 1862 sous le nom : „Catalogue chronologique et thématique de toutes les oeuvres musicales de Wolfgang Amadeus Mozart", le catalogue Köchel (abrégé en KV ou K).

Plusieurs spécialistes de la musique de Mozart ont répertoriés son œuvre, le plus connu et le premier fut Ludwig von Köchel (1800-1877). Après lui, en 1905, un deuxième inventaire fut établit par, Paul Count Waldersee avec des œuvres manquantes et retrouvées par la suite. Puis entre 1936 et 1946, pendant 10 ans  Alfred Einstein s'u attela et corrigea la chronologie et vérifia l'authenticité de certaines oeuvres dites des œuvres de mozart. Et enfin 1964, Franz Giegling (1921-), Alexander Weinmann (1901-1987), Gerd Sievers (1915-1999) prirent en compte toutes les nouvelles informations disponibles et révisèrent le catalogue pour y apporter, principalement des corrections d'ordre chronologique. On parle donc très souvent de Köchel mais d'autres catalogues pour Mozart sont en vigueur notamment ceux de Théodore de Wyzewa et Georges de Saint-Foix, publiée en plusieurs volumes entre 1912 et 1946 et plus complet que celui de Köchel.

(18) Nikolaus Harnoncourt  

  (19) dont 2 œuvres pour clarinette : quintette pour clarinette et concerto pour clarinette dont l'adagio figure dans le film out of Africa.

 

(20) Il composa aussi jusqu'à son dernier souffle le „Requiem" qui fut achevé par Franz Xaver Süßmayr, un de ses élèves de Mozart : C'est le morceau de Mozart le plus poignant qui fut une commande.



Article ajouté le 2008-06-04 , consulté 170 fois

Commentaires


jeanine le 13/07/2008 à 17:40:40
travail de qualité à lire et à relire

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